Et si la réalité virtuelle permettait de mieux comprendre les recommandations de l’IA

L’IMT Mines Albi a inauguré le 15 novembre un nouveau laboratoire de recherche sur les systèmes de réponses immersifs. L’enjeu : coupler réalité virtuelle et intelligence artificielle pour permettre à l’humain de mieux comprendre les recommandations de l’IA.

Utiliser la réalité virtuelle pour montrer ce qu’il est difficile à cerner dans le monde réel. Tel est le parti pris de l’Institut Mines-Télécom d’Albi qui a lancé, vendredi 15 novembre, le Laboratoire international associé sur les réseaux immersifs et intelligents de réponse, le SIReN Lab, co-créé avec l’institut Georgia Tech ISyE, basé à Atlanta aux Etats-Unis. Ses recherches vont porter sur la manière dont réalité virtuelle et outils d’aide à la décision peuvent se coupler pour mieux appréhender certaines situations et leurs réponses.

“La réalité virtuelle peut permettre de rendre concrets des problèmes abstraits, explicite Frederick Benaben, professeur en génie industriel et directeur du nouveau laboratoire. Qu’un outil d’aide à la décision prenne en compte 1 000 éléments lors d’une gestion de risque peut paraître insaisissable à l’esprit humain. Mais si vous avez ces 1 000 éléments représentés autour de vous par des bulles plus ou moins grosses et plus ou moins proches de vous, vous visualisez mieux comment les prioriser et les traiter.”

Visualiser l’impact d’une décision sur la courbe de performance d’une chaîne logistique

En augmentant les réseaux intelligents de réponse par des technologies d’immersion, l’IMT Mines Albi entend notamment répondre à l’un des problèmes majeurs posés par l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) : son manque de transparence et d’appréhension par les humains qui décident derrière.

Exemple avec un projet développé autour de la chaîne logistique. Casque de réalité virtuelle sur la tête et manettes en main, un étudiant visualise la courbe d’évolution dans le temps de la performance de la chaîne logistique d’une entreprise fictive. Son positionnement en trois dimensions a été fait selon trois indicateurs : délai, coût et qualité. Survenue d’une grève, fin d’un contrat avec un client, changement de fournisseur : en utilisant les manettes, l’étudiant peut introduire des décisions sur la ligne du temps et ainsi voir les impacts d’un choix sur la courbe de performance.

“Ajouter une couche d’explicabilité”

“Un ouragan dans une zone où se situe l’un des fournisseurs de l’entreprise signifierait la survenue de multiples micro-événements comme la fermeture d’entrepôts ou le barrage de certaines routes, détaille Frederick Benaben. La solution que nous avons développée convertit ces micro-événements en macro-impacts sur les trois indicateurs de performance définis. Ensuite nous utilisons la réalité virtuelle pour rendre visibles ces macro-impacts.”

La technologie en est encore à ses prémices. “Notre prototype ne prend en compte que trois indicateurs de performance et 5 ou 6 options à choisir, reconnait Frederick Benaben. Mais il permet de faire la démonstration que la réalité virtuelle ajoute une couche d’explicabilité aux outils d’aide à la décision.” Les équipes vont devoir travailler sur la manière de représenter différents scénarios basés sur le croisement de milliers de données. “L’outil pourrait seulement montrer les décisions qui ont des perturbations significatives sur la performance et faire ressortir en scintillant celles que l’outil d’aide à la décision suggèrent de prendre”, note Frederick Benaben.

Très en amont des besoins des industriels

Le projet doit encore mûrir avant de convaincre les industriels. “Aujourd’hui nous regardons surtout comment la simulation peut nous permettre de tester des scénarios, explique Christophe Rousse, directeur Supply Chain du laboratoire pharmaceutique Pierre Fabreet présent lors de la démonstration. Concernant les outils d’aide à la décision pour l’optimisation de notre chaîne logistique, nous en sommes encore au stade de l’expérimentation avec des laboratoires, pas à celui de la production. La représentation de ces scénarios en réalité virtuelle nous parait un stade encore lointain et on est loin de voir comment la démonstration faite ici peut devenir une application réelle.”

Mais l’idée de coupler l’IA avec des technologies d’immersion séduit l’industriel, qui a été marqué par une autre démonstration de cette journée : une application de simulation de gestion de crise, en l’occurrence un incendie dans le métro, couplée à un outil d’aide à la décision qui calcule en temps réel un scénario d’intervention en fonction de données inaccessibles aux humains (température, humidité, informations captées sur les réseaux sociaux, … ). “On pourrait utiliser ce type de technologie pour la gestion de nos lignes de production”, imagine Christophe Rousse. Sur plusieurs cas d’application, la conjugaison de l’IA et la réalité virtuelle semble donc pertinente.

Source : L’usine nouvelle

 

CONTACT 

43 Cours de l'Intendance,

33000 BORDEAUX  

48 Rue Croix des Petits Champs,

75001 PARIS

MENTIONS LÉGALES